Spread de crédit : définition, calcul, interprétation
Le spread de crédit est l'écart de rendement entre une obligation et un titre d'État sans risque de même maturité, exprimé en points de base. C'est le prix que le marché met, à un instant donné, sur la probabilité que l'émetteur ne rembourse pas — augmenté d'une prime pour l'illiquidité et l'incertitude. Il se contracte quand la confiance revient et s'écarte violemment dès qu'elle se fissure.
Le calcul : une soustraction, trois raffinements
Une obligation d'entreprise à 5 ans rend 4,20 % ; l'OAT de même échéance rend 3,00 %. Le spread vaut 1,20 %, soit 120 points de base. Les professionnels affinent selon trois conventions : le G-spread, calculé contre la courbe souveraine interpolée ; le Z-spread, écart constant à ajouter à toute la courbe zéro-coupon pour retrouver le prix ; et l'OAS (spread ajusté des options), qui neutralise la valeur d'un éventuel remboursement anticipé. Pour un particulier, le premier suffit : c'est celui que publient les reportings de fonds sous le nom de spread moyen du portefeuille.
Ce que le spread rémunère vraiment
Une approximation utile relie le spread à la perte attendue : spread ≈ probabilité annuelle de défaut × (1 − taux de recouvrement). Avec 120 pb et un recouvrement moyen de 40 %, la probabilité de défaut implicite ressort à 1,20 / 0,60 = 2 % par an. Or les taux de défaut effectivement observés sur le crédit investment grade sont largement inférieurs : l'écart constitue la rémunération de l'illiquidité, du risque de dégradation et de la volatilité — ce que l'on appelle la prime de risque de crédit. Historiquement, cette prime a été positive en moyenne, mais elle se paie par des années de pertes concentrées.
Les ordres de grandeur à connaître
| Segment | Régime calme | Pic de crise |
|---|---|---|
| OAT contre Bund 10 ans | 40 – 60 pb | ≈ 150 pb (2011-2012) |
| Crédit euro investment grade | 80 – 150 pb | ≈ 400 pb (2008) |
| Crédit euro haut rendement | 300 – 450 pb | > 2 000 pb (2008) |
| Dette émergente en dollar | 300 – 450 pb | ≈ 700 pb (mars 2020) |
À mi-2026, après plusieurs trimestres sans accident de crédit majeur, les spreads euro se situent dans le bas de leurs fourchettes historiques : le marché paie peu pour porter du risque d'entreprise. C'est précisément dans ces phases que le rapport rendement-risque est le moins favorable, puisque la marge de resserrement supplémentaire est faible tandis que la marge d'écartement est illimitée.
Un écartement, combien ça coûte ?
La mécanique est celle du risque de taux, appliquée au spread : variation de prix ≈ − sensibilité au spread × variation du spread. Un fonds haut rendement de sensibilité 3,5 qui voit ses spreads s'écarter de 200 pb perd environ 7 % de valeur, soit 700 € sur 10 000 €, indépendamment de toute évolution des taux d'État. Effet aggravant en période de stress : les taux souverains baissent (fuite vers la qualité) pendant que les spreads s'écartent, si bien que les obligations d'État montent au moment précis où le crédit chute. C'est la raison pour laquelle une poche défensive chargée en crédit risqué ne joue pas son rôle : elle se comporte alors comme des actions.
Spread et notation : liés, pas confondus
La notation financière est une opinion révisée quelques fois par an ; le spread est un prix révisé en continu. Le second anticipe presque toujours la première : un émetteur voit son spread s'écarter des semaines avant l'abaissement de sa note. Deux entreprises notées BBB peuvent afficher 60 pb d'écart selon leur secteur, leur taille d'émission et leur liquidité. Pour choisir un fonds, regardez donc les deux ensemble : la répartition par notation donne la qualité moyenne, le spread donne le prix payé pour cette qualité. Le contexte d'ensemble figure sur la page marché obligataire.
Questions fréquentes
Un spread élevé est-il une opportunité ?
Parfois, mais il faut comparer le supplément de rendement aux pertes attendues. Un spread de 600 pb sur du haut rendement rémunère bien si les défauts restent autour de 2 % par an ; il ne rémunère plus rien si le taux de défaut monte à 8 %, comme lors des récessions sévères. Un spread élevé signale une inquiétude, et cette inquiétude est parfois justifiée.
Où trouver le spread d'un fonds obligataire ?
Dans le reporting mensuel, sous les intitulés « spread moyen », « OAS » ou « écart de crédit », à côté de la sensibilité et du rendement à l'échéance. Comparer ces trois chiffres entre deux fonds en dit plus long que n'importe quel classement de performance passée.
Pourquoi le spread OAT-Bund existe-t-il alors que les deux pays partagent l'euro ?
Parce que la monnaie est commune mais les dettes restent nationales : chaque État reste seul responsable de la sienne. L'écart reflète les différences de trajectoire budgétaire, de dette rapportée au PIB et de stabilité politique, sans risque de change puisque les deux titres sont libellés en euros.